« On donne de la force aux enfants quand on reconnait leurs émotions. » disait Haim Ginott. Cela implique de tendre l’oreille, de guider leur expression et de les accueillir en toute bienveillance.
1) « Ne fais pas ça ! » deviendra « J’aimerais que tu fasses ceci ainsi. » ou encore « tu me rendrais un grand service si tu…« .
2) « Arrête de crier, de râler, de pleurer ! » « Ne fais pas le bébé » deviendra « Je vois que tu as de la peine/ que tu es énervé/que tu es fatigué/… Je suis là pour t’aider.«
3) « Je suis occupé. » deviendra « J’ai entendu ton message et je serai heureux de jouer avec toi dès que j’aurai terminé cette tâche importante.«
4) « Dépêche-toi ! » deviendra « Tu t’es habillé en 47 secondes la dernière fois. J’étais impressionné ! Tu penses pouvoir battre ton record ?«
5) « Tu es têtu ! » deviendra « Tu m’aiderais beaucoup si…«
6) « Tu ne m’écoutes jamais ! ! » deviendra « Préfères-tu faire ainsi ou ainsi ?«
7) « Normal que tu ramènes des notes pareilles, tu ne travailles pas assez ! » deviendra « Je vois que tu as progressé dans cette matière. Tes efforts et ta méthode ont porté leurs fruits. La réussite dans les autres matières n’est qu’une question de temps. Comment puis-je t’aider?«
8) « Arrêtez de vous disputer ! » deviendra « Je vous fais confiance pour trouver une solution acceptable pour chacun de vous. » ou encore « Proposez deux solutions chacun et entendez-vous sur celle que vous préférez le plus tous les deux.«
9) « N’ais pas peur » ou « Allez, vas-y, il n’y a aucune raison de trembler comme un bébé ! » deviendra « Moi aussi je trouve cette situation peu rassurante. Voyons d’où viennent ces peurs et si nous pouvons les éclairer.«
10) « Prête tes jouets » deviendra « Il me semble que c’est vraiment difficile de partager ses jouets. C’est un sentiment tout à fait normal. Je te propose de les partager quand tu sera prêt(e).«
11) « Ne sois pas jaloux de ton petit frère ! » deviendra « Je me rends compte que la présence de ton petit frère doit être parfois dérangeante pour toi. Tu dois peut-être même éprouver de la colère. Tu n’es pas obligé de l’aimer mais je suis sûr qu’il est lui-même très content qu’un grand frère veille aussi sur sa sécurité. Je t’aime et je suis fier(e) de toi. » ou encore « Tu aimerais que je passe plus de temps avec toi ? Et si nous jouions ?«
12) « C’est incroyable comme tu es maladroit !!! » deviendra « Tu as renversé ton verre d’eau. De quoi as-tu besoin pour éponger ?«
13) « Ce n’est pas grave » deviendra « Je vois que cela te bouleverse. Je comprends que ceci te cause du tracas/de la peine/…. Sur une échelle de 1 à 10, quelle est l’intensité de ta douleur/ta peine/ » ou encore « Montre-moi où tu as mal. Quel est le niveau de ta douleur entre 1 et 10 ? Voilà ce que nous allons faire maintenant pour soigner ta blessure/ton bleu. «
14) « Qui a fait ça ? » deviendra « Comment réparer ?
15) « Pourquoi fais-tu toujours tout de travers ? » deviendra » Cette fois-ci tu as commis une erreur. Y a-t-il quelque chose que tu n’as pas ou mal compris ? Souhaites-tu que je te répète cette règle ?«
16) « Tu es nul ! » deviendra « Tu n’as pas réussi pour le moment. As-tu des idées pour faire différemment ou penses-tu que c’est simplement un plus gros effort à fournir ? De quoi as-tu besoin pour avancer ?«
17) « Range ta chambre » deviendra « J’apprécierais que tu ranges ta chambre. » ou encore « Souhaites-tu commencer à ranger ton bureau ou ton armoire ? » ou « Je vais commencer avec toi.«
18) « tu n’es pas curieux, tu ne t’intéresses à rien ! » deviendra « J’aime te regarder apprendre. » ou encore « J’aime ce mélange de couleurs ou cette forme dans les nuages. Et toi, qu’en penses-tu ?«
19) « Eteins la TV tout de suite ! » deviendra « Ton émission semble interessante. Ne peut-on pas l’enregistrer pour la regarder plus tard ensemble ? » ou encore « Je suis d’accord pour que tu regardes la TV pendant 25 minutes puis nous passerons à table. Je t’avertira 5 minutes avant la fin du délai. A moins que tu ne préfères lire ta BD ou dessiner pendant ces 25 minutes ?«
20) « Arrête de mentir ! » deviendra « Nous pouvons mentir pour nous protéger ou protéger les gens qu’on aime. Dans les deux cas, on gagne du temps à chercher des solutions ensemble plutôt qu’à cacher les questions ! On s’y met ? »
Bonus :
Voici quelques conseils supplémentaires pour encourager le dialogue et l’écoute tout en renforçant la confiance en soi des enfants :
– Décrivez ce que vous voyez sans juger pour renvoyer un reflet à l’enfant . Cette description lui servira à reconnaître, accepter et verbaliser ses émotions et cette preuve d’attention lui démontrera son importance à vos yeux.
– « Je vois », « oui », « oh » « ah », sont des expressions qui encouragent à parler. Aidez votre enfant à parler en les distillant dans la conversation.
– Baissez-vous pour mettre votre visage au même niveau que celui de votre enfant. Parlez à un niveau de voix inférieur à celui d’une conversation normale pour attiser la curiosité et permettre à l’enfant d’orienter son attention. De plus, ce volume se prête aux confidences et à l’apaisement.
– Si vous ressentez vous-même du stress ou de l’énervement, prenez de longues inspirations pour vous calmer. C’est une technique que vous pouvez aussi apprendre à votre enfant.
– Ancrez-vous complètement dans le moment présent. Vous êtes ici et maintenant. Communiquez dans l’instant en toute bienveillance.
– N’étiquetez pas. Bannissez les « tu es idiot/stupide/intelligent/maladroit ».
– Ne promettez pas, ne menacez pas, ne vous moquez pas, ne comparez pas.
– Proposez des choix, cela responsabilise et facile l’adhésion.
– Ne vous substituez pas à l’enfant s’il est capable d’accomplir une tâche.
– Déléguez-lui des tâches à sa portée. Il se sentira utile.
– Encouragez ses efforts et ses intentions sans le juger personnellement.
12 idées concrètes pour remplacer les « Dépêche-toi » et autres « Moi, je m’en vais ! »
Même s’il n’existe pas de solution miracle prête à l’emploi à dégainer dans toutes les situations, je vous propose quelques idées concrètes pour remplacer les « Dépêche-toi » et autres « Moi, j’y vais ! ». Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive mais est plutôt à prendre comme une source d’inspiration :-).
Chanter
Je l’avais testé avec une de mes petites élèves de moyenne section. Elle aimait bien prendre son temps et se faisait régulièrement « enguirlander » par les ATSEM : « Mais tu es encore la dernière, dépêche-toi donc, c’est pas possible d’être aussi lente ! ».
J’étais en remplacement et cela m’a brisé le coeur. Je me suis donc occupée d’elle au moment de mettre chaussures et manteau avant d’aller en recréation : pour la motiver à s’habiller, j’avais inventé une petite chanson avec son prénom et les étapes à suivre pour pouvoir ensuite aller jouer.
L’idée était de personnaliser la chanson sans poser une étiquette négative sur elle, de lui montrer comment s’y prendre (d’abord les chaussures puis le manteau, le bonnet, l’écharpe et enfin les gants) et de lui faire comprendre qu’elle aurait plus de temps pour jouer en s’habillant plus vite.
Et, en tant qu’adultes, quand on chante, on ne s’énerve pas :-).
Faire la course
Classique mais efficace :-). Je l’utilise tout le temps avec ma fille mais on aime bien pimenter le jeu. Par exemple, c’est très compliqué de la motiver pour aller à la douche. Du coup, je lui propose de faire la course : « Plutôt en araignée ou en girafe arrière ? ». Et on varie : en pas chassés, en canard, à cloche pieds…
J’aime bien en rajouter. Dernièrement, j’ai eu un accident de mur (j’ai malencontreusement foncé dans le mur en position girafe arrière…). Il va sans dire que je la laisse gagner :-). Je ne sais plus où j’avais lu cette phrase qui m’a marquée :
Qui est le mauvais perdant quand c’est le parent qui refuse de laisser l’enfant gagner ?
Poser la question : De quoi as-tu besoin avant d’y aller ?
Je recours aussi souvent à cette phrase. Hier encore à la pharmacie, ma fille jouait avec des rails en bois. Une fois que j’eus fini au guichet, elle ne voulait bien sûr pas partir car elle s’amusait trop bien.
Je lui ai demandé ce qu’elle avait envie de faire avant de partir. Elle m’a répondu : « Un dernière technique pour poser les rails ». Je lui ai dit « d’accord » tout en lui précisant que je commençais à m’avancer vers la sortie. Elle a donc fait sa construction, me l’a montrée de loin et a rangé les rails.
Je l’ai attendue sur le perron de la pharmacie en mettant mon bonnet et mes gants histoire de lui montrer que j’étais bien sur le départ tout en l’attendant. Nous sommes reparties tranquillement en parlant des circuits de train et des techniques qu’elle avait utilisées pour construire son circuit.
Mettre le minuteur/ prévenir à l’avance
J’ai acheté un Time Timer et je m’en sers régulièrement (un minuteur de cuisine, la sonnerie du réveil ou un sablier font aussi l’affaire mais le Time Timer a l’avantage d’être visuel pour les enfants et d’émettre une sonnerie).
Parfois, je le règle en disant « Dans 5 minutes, on y va », parfois je lui demande de combien de temps elle a besoin pour finir son activité (quand je sais que nous sommes moins pressées).

Plusieurs types de Time Timer sont disponibles sur Amazon :
Vous pouvez aussi vous aider d’une horloge à aiguille (« quand la grande aiguille sera sur le 6, on y va ») ou un cadran numérique (« quand tu verras le nombre 30 à droite, on y va »). Mais cela peut aussi se compter en nombre de tours de toboggan etc…
Réfléchir les sentiments de l’enfant
Il nous arrive aussi à nous adultes de ne pas avoir envie de quitter un endroit qu’on aime bien (… notre lit par exemple !)… on sait bien qu’on doit quitter notre lit à un moment ou à un autre mais on va préférer le faire en douceur plutôt qu’être violemment extirpé du lit. C’est pareil pour les enfants :-).
On peut reconnaître le sentiment de l’enfant en lui disant que oui, c’est agréable de jouer au parc et qu’on comprend qu’il n’ait pas envie de partir.
Je comprends que tu ne veuilles pas mettre ton manteau.Tu as le droit d’être en colère parce que tu ne veux pas partir.Je vois bien que tu t’amuses et que tu préférerais rester.
Parler de nos sentiments
On peut dire à l’enfant l’état dans lequel nous met le fait d’être en retard ou de devoir se presser. On peut l’exprimer de manière non violente en exposant ce que l’on ressent dans une situation donnée et exprimer nos besoins.
Je suis nerveux(se)/impatient(e)/ irrité(e) quand tu traînes au moment de partir car j’ai besoin de respect/ de soutien/ de compréhension. Je te demande de t’habiller dans les temps convenus pour arriver à l’heure.
C’est le principe de la communication non violente :
Se rapporter à une situation vécue par nous dans notre enfance
Je me souviens d’une fois où ma fille était particulièrement récalcitrante à aller à l’école. J’ai combiné réfléchir les sentiments et faire la course pour qu’elle daigne s’habiller mais elle traînait toujours dans l’escalier et sur le parking.
Je me suis alors mise à lui parler de ce que je faisais à l’école quand j’avais à peu près son âge, je lui ai raconté des anecdotes, je lui ai expliqué que, dans mon école, le même garçon arrivait toujours en retard car il regardait un épisode de La petite maison dans la prairie jusqu’à la fin avant de revenir en classe ! Il arrivait toujours avec une ou deux minutes de retard tout essoufflé car il avait absolument besoin de regarder l’épisode en entier ! Elle m’a posé des questions sur le garçon en question et sur la série; on n’a pas vu le trajet passer finalement !
Proposer des choix et poser des questions impliquantes, engageantes
Il faut que tu mettes ton manteau pour aller dehors, mais tu préfères peut-être rester dans la maison ?Il pleut dehors qu’est-ce qu’on met aux pieds quand il pleut ?Tu as envie de passer par le chemin de l’église ou celui de la mairie pour rentrer ?
Jouer
Cela peut passer par le jeu de Jacques a dit. Par exemple, Jacques a dit : »Mettez la chaussure droite », Jacques a dit : »Mettez le bonnet ». Vous pouvez aussi « piéger » l’enfant : « Jouez » ou « Enlevez le manteau »… et non, j’ai pas dit Jacques a dit :-).
Vous pouvez lancer des défis à l’enfant sur le thème de « Je parie que… » : « Je parie que tu n’arrives même pas à appuyer sur le bouton de l’ascenseur avant que je finisse de mettre mes bottes. »
Il est aussi possible de proposer à l’enfant de le porter dans le dos, de faire le cheval, de jouer à la bagarre-poursuite…
« A ton avis, qu’est-ce qui va le plus vite : le porté cheval ou le porté escargot ? »« Et si on essayait le porté sac à patates ? »
Attirer son attention vers l’endroit où nous voulons aller
J’ai vu… là dehors.. on va voir ?Viens vite voir, j’ai vu…Est-ce que ça t’intéresse de voir… ?Je crois avoir vu… est-ce que tu l’as vu aussi ?Si on poursuivait le… que je viens de voir ? Il a tourné par là je crois…
Entrer dans l’imaginaire de l’enfant
Si l’enfant ne veut pas partir d’un endroit car il joue ou qu’il veut absolument acheter une chose par exemple, on peut avoir recours à l’imagination : « Tu voudrais cette peluche ? qu’est-ce que tu pourrais faire avec ? moi je ferais ça… A ton avis, elle aurait quelle taille la plus grosse peluche du monde ? ».
L’idée est de continuer à marcher tranquillement tout en parlant et en stimulant l’imagination de l’enfant. Le désir n’a pas forcément besoin d’être comblé mais d’être entendu.
Vous pouvez aussi noter la chose dont l’enfant a envie dans un carnet secret des désirs de Lou/Tom/ Léa/Hugo… Vous pouvez lui dire de garder cette idée dans sa tête pour Noël ou son anniversaire.
Je développe cette idée dans l’article L’imagination au service de l’éducation.
Aider l’enfant à trouver une solution
Ce n’est pas forcément évident à faire pendant l’action surtout si l’enfant entre en crise pour ne pas aller ou partir à un endroit. Mais cela pourra se faire en amont en anticipant les difficultés rencontrées (« muscler » le cerveau de l’enfant comme dirait Isabelle Filliozat) ou en aval (après coup, rejouer la scène avec des jouets ou en reparler pour demander à l’enfant ce qu’il ou ce que vousauriez pu faire pour que les choses se passent dans le calme.)
Cela peut se passer dans le cadre d’un temps d’échange en famille par exemple. J’en parle dans cet article : Le temps d’échange en famille : un outil de discipline positive.
Ces propositions restent de simples propositions issues d’expériences personnelles et de quelques lectures. Elles peuvent bien sûr être mixées les unes avec les autres. Parfois, elles fonctionneront dans certaines situations, pas dans d’autres, avec certains enfants, pas avec d’autres.Mais l’idée principale reste de comprendre ce qui se passe dans la tête de l’enfant et de rester présent, attentif aux besoins, aux sentiments de l’enfant.
Quoiqu’il en soit, ces idées ne prennent pas plus de temps à mettre en oeuvre que de faire face à d’énormes crises avec tapages de tête par terre et hurlements :-).
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